DOCUMENTO N.10
Consigli per la pittura di ritratti di Madame Vigée Le Brun, da E. Vigée Le Brun, Souvenirs,
Bibliotheque Charpentier, Eugene Fasquelle éditeur, s. d., pp.345-352.
Je place ici, à la fin de mes Souvenirs, le
conseils que j'ai écrits pour ma niéce, madame J. Tripier Le Franc, pensant que
ces conseils peuvent aussi être utiles à d'autres.
CONSEILS
POUR LA PEINTURE DU
PORTRAIT.
Ce qu'on doit
observer avant de commencer un portrait.
Il faut toujours être prête une demi-heure avant que le
modéle arrive, afin de se recueillir: c'est une chose nécessaire pour plusieurs
raisons.
1° Il ne faut pas se faire attendre ; 2° il faut que
la palette soit préparée; 3° faire en sorte de ne pas être tracassée par du
monde et des détails d'affaires.
Règle nécessaire. - Il faut placer son modéle assis, plus haut que soi; il faut que les femmes
soient commodément; qu'elles aient de quoi s'appuyer, et un tabouret sous le
pieds.
Il faut, le plus possible, s'eloigner de son modéle,
c'est le vrai moyen de bien saisir le juste ensemble des traits et l'aplomb des
lignes, tant pour la tournure du corps que pour ses habitudes qu'il est
nécessaire d'observer, même pour la ressemblance totale; ne reconnaît-on pas les
personnes par derriére, même sans apercevoir leur visage?
Pour faire le portrait d'un homme, surtout s'il est
jeune, il faut le faire tenir un instant debout, avant commencer, pour tracer
plus justes les signes généraux et extérieurs. Si on traçait le personnage
assis, le corps n'aurait pas d'élégance, et la tête paraîtrait trop rapprochée
des épaules. Pour les hommes surtout cette observation est nécessaire, les
voyant plus souvent debout qu'assis.
Il faut ne pas placer la tête trop haut dans la toile,
cela grandit trop le modéle, et trop bas cela le rapetisse: on doit placer la
figure de maniére qu'il y ait plus d'espace du côté où est tournée le corps.
Il faut avoir derriére soi une glace, placeé de maniére à
apercevoir son modéle et son portrait, pour pouvoir le consulter trés-souvent;
c'est le meilleur guide, il explique nettement les défauts.
Avant de commencer, causez avec votre modéle; essayez
plusiers attitudes, et choisissez non-seulement la plus agréable, mais celle
qui convient à son âge et à son caractère, ce qui peut ajouter à la
ressemblance; faites de même pour sa tête: placez-la de face ou de trois
quarts, cela ajoute plus ou moins à la vérité des traits, surtout pour le
public; le miroir peut aussi décider à ce sujet.
Il faut tâcher la tête, le masque sourtout, dans trois ou
quatre séances d’une heure et demie chaque, deux heurex au plus; car le modéle
s’ennuie, s’impatiente, si, ce qu’il faut éviter, son visage change
visiblement; c’est pouquoi il faut le faire reposer, et le distrire le plus
possible. Tout cela est d’experience avec les femmes; il faut les flatter, leur
dir qu’elles sont belles, qu’elles ont le teint frais, etc., etc. Cela les
mette en belle humeur, et les fait tenir avec plus de plaisir. Le contraire les
changerait visiblement. Il faut aussi leur dire qu’elles posent à merveille;
elles se trouvent engagées par là à tenir. Il faut bien leur raccomander de ne
point amener de sociétés, car toutes veulent donner leur avis, et fount tout
gâter. Quant aux artistes et aux gens de goût, on peut les consulter. Ne vous
reboutez pas si qualques personnes ne trouvent aucune ressemblance à vos
portraits; il y a un grand nombre de gens qui ne savent point voir.
Tant que vous travaillez à la tête d’une femme, si elle
est vêtue de blanc, mettez sur elle une draperie de couleur absente,
c’est-à-dire grise ou verdâtre, afin de ne pas distraire les rayons visuels, et
qu’ils puissent se reposer seulement sur la tête de la modèle: si cependant
vous la peignez en blanc, laissez-en un peu pour la tête, qui doit en être
reflétée.
Que le fond derrière le modèle, soit en général d’un ton
doux et uni, ni trop clair, ni trop foncé; si c’est un fond de ciel, c’est
autre chose: mettez du bleuâtre derrière la tête.
Pour peindre la tête au pastel ou à l’huile, il faut
établir les masses de vigueur, les demi-teintes, ensuite les clairs. Il faut
empâter les lumières, et les rendre toujours dorées; entre les lumières et les
demi-teintes, il y a un ton mixte qu’il ne faut pas omettre, il participe du
violâtre, du verdâtre, du bleuâtre. Voyez Van Dyck. Les demi-teintes doivent
être de ton rompu, et moins empâtées que les lumières; que la lumière de la
tête indique fortement ses os et ses parties musculeuses qui cédent aux
premiéres.
Immediatement aprés cette premiére lumière se trouve le
ton de chair décidé selon le teint de la personne; il se perd avec les tons
mixtes et fugaces des demi-teintes.
Les ombres doivent être vigoureuses et transparentes à la
fois, c’est-à-dire point empâtées, mais d’un ton mûr, accompagné de touches
fermes et sanguines dans les cavités, telles que l’orbite de l’œil,
l’enfoncement des narines, et dans les parties ombrées et internes de
l’oreille, etc. Le couleurs des joues, si elles sont naturelles, doivent tenir
de la pêche dans la partie fuyante, et de la rose dorée dans la saillante, et
se perdre insensiblement, avec les lumières occasionées par la saillie des os
et qui sont d’un ton doré. Oû les lumières doivent toujours être, et se
dégrader insensiblement, c’est à l’os du front, à celui de la joue autour du
nez, au haut de la lévre supérieure, dans le coin de la lévre inférieur et sur
le haut du menton. Il faut observer que la lumière doit diminuer à mesure, et
que la partie la plus saillante, et la plus éclairée par conséquent, doit
toujours être la lumineuse. Les lumières scintillantes, fines et générales
d’une tête sont dans la prunelle, ou dans le blanc de l’œil, selon la position
de l’œil et de la tête; ces deux lumières cèdent aux autres de beaucop, et sont
d’un ton moins doré, au milieu de la paupière supérieure, au milieu de la
paupière inférieure, ou du moins sur une partie, c’est selon comme la tête est
éclairée; ensuite sur le milieu du nez, sur le cartilage, sur la lévre
inférieure: plus le nez de la personne est fin, plus la lumière doit être fine.
Il ne faut jamais empâter les prunelles, pour qu’elles soient vraies et
transparentes; il faut, le plus possible, les bien détailler, prendre garde de
leur faire un regard équivoque, et surtout les faire rondes. Il faut observer
que quelques personnes les ont plus petites ou plus grandes, mais toujours
parfaitement rondes; le haut du cercle de la prunelle est toujours intercepté
par la paupière supérieure; mais à l’œil en colère, la prunelle se voit
entièrement. Quand l’œil sourit, la prunelle est intercepté apr la paupière
inférieure qui la recouvre. Le blanc de l’œil doit être d’un ton vierge et pur
dans l’ombre, et la demi-teinte, quoique perdant son vrai ton de même que tous
le objets, ne doit jamais être grise ni d’un ton sale. L’œil doit refléter
quelquefois la lumière du nez, et participer un peu de l’orifice. Les cils dans
la partie ombrée se détachent en clair, c’est pourquoi il faut peindre ces tons
avec de l’outremer, dans la partie claire en ombre. L’orbite de l’œil est bien
à observer, il est plus ou moins vigoureux ou plus ou moins clair, selon sa
forme. Il est composé d’ombres, de clairs, de demi-teintes et de reflets du
nez. Le sourcil doit être préparé d’un ton chaud, et l’on doit sentir la chair
dessous les petites échappées des poils, qui doivent être faits finement et
avec légèreté.
Le battu, l’enchâssement de l’œil est toujours d’un ton
fin (plus ou moins, selon la délicatesse et la blamcheur de la peau), bleuâtre,
violâtre. Il faut bien prendre garde de trop pousser ces tons, cela rendrait
l’œil pleureur. C’est puorquoi il faut quelquefois les rompre par des dorés,
mais avec ménagement.
Il faut bien observer la partie du front; elle est
nécessaire à la rassemblance, et donne en partie le caracthère de la physionomie.
Pour les fronts dont l’os a une saillie carrée, tels que Raphäel, Rubens et Van
Dyck, comme on peut le voir dans leurs portraits, la lumière s’indique
fortement sur leurs saillies. La première est en haut du front, peu de distance
après le cheveux. Elle s’interrompt un peu et vient s’asseoir près du sourcil,
ce qui fait céder le ton de la tempe, où se décrit souvent la veine bleue,
surtout aux peaux délicates. Après cette lumière est un ton de chair entier,
qui se dégrade vers le milieu; la lumière se rappelle faiblement, sur cette
même forme d’os du petit côté, par une demi-teinte, et se marie doucement par
des demi-teintes, qui vont gagner l’ombre qui dessine encore cette même force
de l’os frontal. Après cette ombre, il existe un reflet plus ou moins doré,
selon la couleur des cheveux: dessous le sourcil, le ton se prépare un peu plus
chaud: les poils du sourcil multipliés font le même effet que des boucles de
cheveux qui retomberaient sur un front éclairé. L’ombre en est est chaude. Voyez
les têtes de Greuze, et observez bien l’habitude des cheveux de modèle que vous
peignez, cela ajoute à la rassemblance et à la vérité. Il faut bien observer
les passages des cheveux qui se verront avec le chair, afin de les rendre aussi
vrais que possible; qu’il n’y ait jamais de dureté, et que les cheveux se
mêlent bien avec la chair, tant par le contour que par la couleur; afin que
cela n’ait point l’air d’une perruque, ce qui arriverait immanquablement si
l’on ne faisait pas ce que je viens d’expliquer.
Les cheveux doivent se dessinner par masse et très-peu
l’emporter; le mieux serait de les faire par glacis, la toile produisant
souvent des transparents dans l’ombre et dans le ton entier. Les clairs des
cheveux ne s’établissent que sur les parties saillantes de la tête; le boucles
des cheveux reçoivent la lumière au milieu, et sont légèrement interceptées par
quelques légères échappées de cheveux qui viennent en ôter l’uniformité. Il
faut toujours que les bords des cheveux, comme métal, participent du ton du
fond, ce qui aide à faire tourner les parties fuyantes de la tête.
L’oreille est très-nécessaire à bien mettre à sa place,
attendu qu’elle attache le col à la tête; il faut le plus possible la faire
d’une belle forme; étudiez l’antique ou la belle nature. On peut observer, par
exemple, que généralment la nation allemande, et surtout la nation
autrichienne, les à attachées plus haut qu’elles ne devraient l’être dans la
proportion exacte, de même que l’emmanchement de son col est différent de celui
des autres individus appartenant à d’autres pays. Il est large, gros, et prend
très-haut derrière l’oreille ; cette nation a le mastoïde très-fort. Si
l’on peint donc une Allemande, on doit conserver ce trait caratéristique de sa
nation, qui se trouve aussi dans l’ossement large de son front et dans ses
joues assez ordinairement plates et étroites. Il faut le plus possible faire en
entier l’oreille, et bien étudier ses cartilages, quitte à mettre par-dessus
des cheveux. Ce qui détermine ses formes doit être d’une couleur chaude et
transparente, excepté le trou du milieu qui est toujours vigoreux. Son ton de
chair, même dans la lumière, doit céder en général à la lumière de la joue, qui
est plus saillante. L’ombre portée de l’oreille sur le col doit être
très-chaude, le jour passant au travers ; la mâchoire doit se décrire par
un ton coloré fin et par de légères demi-teintes, pour obtenir la saillie
qu’elle doit avoir sur le col; si c’est une tête de femme, les restes du bas de
la mâchoire se décrivent par des tons plus chauds que pour un homme, à cause
des tones de la barbe, qui abasourdit les tons naturellement chauds de la
chair. Le ton du col est en général d’un ton très-fin, et cède beaucop au ton
sanguin du visage. Il est essentiel de bien observer l’aplomb des clavicules,
relativement à la position de la tête, ansi qui leur lumière; la poitrine se
colore toujours un peu plus près vers le milieu de l’attache des
clavicules ; en général les parties osseuses, telles que le coude, la
rotule, le talon, l’extrémité du doigt, doivent toujours être les plus fortes
en couleur.
Si l’on doit peindre une gorge, éclairez-la de façon
qu’elle reçoive bien la lumière; les plus belles gorges sont celles dont la
lumière n’est point interceptée, jusqu’au bouton qui se colore peu à peu
jusqu’à l’extrémité; les demi-teintes qui font tourner le sein doivent être du
ton le plus fin et le plus frais; l’ombre qui dérive de la saillie de la gorge
doit être chaude et transparente. Il y a la même dégradation de lumière sur
tout le corps que celle ci-dessus expliquée pour la tête; si la figure est
assise, la lumière alors se rappellera très-vivement sur les cuisses et
dégradera jusqu’au talon.